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[Chronique d’expert] Controle Interne: à quoi ça sert et combien ça coûte?

Après avoir expliqué ce qu'était le contrôle interne dans une première émission, cette deuxième émission nous permet d'aborder quelques exemples de fraudes qui peuvent être évitées grâce à ce type de procédure. ainsi que les éléments de coût de mise en place d'un dispositif de controle interne.
Voici le deuxième volet de l’émission de La Radio des Entreprises (RDE) consacrée au contrôle interne.
Après avoir expliqué ce qu’était le contrôle interne dans une première émission, cette deuxième émission nous permet d’aborder quelques exemples de fraudes qui peuvent être évitées grâce à ce type de procédure. ainsi que les éléments de coût de mise en place d’un dispositif de controle interne.
Animé par : Simon Janvier (Journaliste) 
Invité-expert: Benoit Briand (expert)
(Retrouvez la transcription écrite de l’interview sous le podcast)

 

Audit Controle Interne
Simon Janvier – Journaliste Radio des entreprises et Journal des entreprises

Simon Janvier: Bonjour et bienvenue sur La Radio des Entreprises dans “Conseil d’expert”, deuxième volet de cette émission consacrée au controle interne. Dans la 1ère partie de cette émission on a expliqué ce qu’était le controle interne, à savoir les dispositifs mis en oeuvre par la direction de l’entreprise pour lui permettre de maîtriser les opérations potentiellement à risque. On en parle avec Benoit Briand, spécialiste du controle interne et de l’audit interne. Vous avez travaillé dans des cabinets de conseil et des grands groupes industriels et vous éditez aujourd’hui le site www.audit-controle-interne.com qui donne de nombreux conseils dans ce domaine. Benoit Briand, donnez-nous pour commencer des exemples de fraudes qui peuvent toucher des entreprises qui ne mettent pas en place de procédures de controle interne.

Benoit Briand: Concernant les fraudes, il peut y en avoir de 2 types. On peut parler de fraude externe et de fraude interne. Concernant la fraude externe, il y a l’exemple très connu qui a fait la une des journaux, c’est ce que l’on appelle “le Faux Président”. Le principe est qu’une personne contacte le service comptabilité/trésorerie de votre entreprise en se faisant passer pour le PDG (ou parfois le Directeur Financier). Il va insister pour qu’un virement soit effectué en urgence sur un compte bancaire (souvent à l’étranger) afin de sécuriser une transaction soi-disant confidentielle.

Beaucoup de pression va être mise sur l’employé en question. Lorsque le pot-aux-roses est découvert, il est trop tard et en fonction du montant extorqué, votre entreprise peut devoir mettre la clé sous la porte du jour au lendemain.

Je vais vous donner un exemple qui est même assez étonnant, c’est le groupe Michelin. Je peux en parler parce que c’est public, il y a eu des articles dans la presse et le groupe Michelin a communiqué dessus. Le groupe a été concerné. En 2012 [Note rectificative ACI : tentative de fraude contrée en 2012, fraude avérée en 2014], le service comptabilité a reçu un appel d’une personne se faisant passer pour le PDG et qui a indiqué qu’il était en train de réaliser une opération exceptionnelle et confidentielle et qui a exigé un virement immédiat d’environ 1,6 millions d’euros en demandant de n’en parler à personne. Le groupe Michelin est connu et reconnu pour avoir un dispositif de controle interne important et efficace. On ne peut pas toujours tout éviter mais le but est de réduire au minimum l’occurence de la fraude. Donc, cela peut arriver mais si vous avez en place un dispositif de controle interne qui fonctionne, le jour où ça arrive, vous limitez la casse.

Comment vous protéger? Déjà, il y a ce que l’on appelle des “red flags” (des signaux d’alerte).Très souvent donc, le faux président va demander à son interlocuteur de n’en parler à personne, pas même à son supérieur. Ou alors, un email (si le contact est pris par email) dont le texte est souvent rempli de fautes d’orthographe. Ce sont de petites choses qui doivent alerter. En terme de controle interne, il y a quelques controles que l’on peut mettre en place tout de suite. Dans un premier temps, c’est ce que l’on appelle le principe de séparation des tâches : la personne qui va initier la demande de paiement doit être différente de la personne qui va valider le paiement. En cas de paiement en urgence, il faut que ce soit prévu, c’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait une personne qui soit identifiée comme étant “à informer” en cas de toute demande de paiement en urgence. Il y a des controles qui existent et qui doivent être positionnés au bon endroit, assignés aux bonnes personnes et qui vont vous permettre d’éviter ce genre de choses.

Concernant la fraude au Président, 1er réflexe, on va se dire “ça n’arrive pas chez moi” … mais ça n’arrive pas que chez les autres et l’exemple de Michelin en est la preuve.

 

Simon Janvier: Pour une entreprise qui veut s’engager dans une démarche de controle interne, qui se dit actuellement qu’elle ne fait pas tout pour limiter les risques, comment doit-elle faire son audit-diagnostic? Quelles questions doit-elle se poser?

Benoit Briand: C’est tout à fait possible d’auto-évaluer son dispositif de controle interne. Vous pouvez vous rendre par exemple sur le site Coso.org ou sur certains sites de cabinets d’audit et de conseils qui mettent à disposition certains outils et questionnaires standard qui vont déjà vous permettre de vous faire une petite idée de l’état de votre niveau de maîtrise des risques.

Mais comme je l’ai indiqué précédemment, si vous voulez être efficace, cela demande d’y consacrer du temps et de l’argent. Et il ne faut pas oublier que l’expertise est ici importante. [Au cours de mes missions, j’ai souvent dû d’abord expliquer aux responsables de contrôles …. en quoi consistait le contrôle qu’ils devaient effectuer. Certains termes ou certaines formulations peuvent être parfois un peu techniques et si elles sont mal comprises, votre diagnostic sera faux ou incomplet.]

La bonne stratégie selon moi pour optimiser vos coûts (et là je parle vraiment aux dirigeants et aux directeurs financiers 🙂 ), c’est de faire appel à une expertise externe afin d’initier la démarche avec vos collaborateurs tout en les formant afin qu’ils s’approprient la méthodologie et les outils. Un transfert de compétences en fait afin de pouvoir ensuite voler de vos propres ailes, être autonome, instaurer cette culture du controle interne. Donc c’est partir sur les bonnes bases, en prenant l’expertise là où elle est et en se l’appropriant.

 

Simon Janvier: Alors vous commenciez à le dire, il y a un coût pour mettre en place une démarche de controle interne. Est-ce qu’on peut situer un petit peu ce coût financier?

 

Benoit Briand: Le coût financier, c’est une question simple et difficile à la fois. Vous pouvez vous amuser à calculer combien va vous coûter un ou plusieurs contrôleurs internes (ou auditeurs internes) dans votre entreprise et calculer le temps passé par chaque collaborateur de l’entreprise sur ces activités de contrôle. Ca peut être simple et rapide. Même chose si vous faites appel à un cabinet de conseil,  vous regardez en bas à droite le montant de la facture et vous allez voir assez rapidement combien ça peut vous coûter. Un petit conseil, vous pouvez même à la limite contacter un cabinet de conseil qui va vous faire un devis pour déployer une cartographie des risques, un questionnaire de controle interne, toutes les missions de pilotage… ça peut vous donner une idée de ce coût.

Maintenant, selon moi, la question doit aujourd’hui être posée différemment.

Vous avez un coût de la prévention de mise en place d’un contrôle interne solide et ce sera TOUJOURS minime pour votre entreprise, comparé aux coûts que va générer un fraudeur qui passe à l’acte ou tout simplement des erreurs commises par certains collaborateurs. Les cas de fraude cités dans mon guide téléchargeable sur le site varient de dizaines de milliers d’euros à des millions d’euros, selon la taille des entreprises concernées. Il n’y a pas de petite fraude indolore.

La fraude se fait au mieux au détriment de vos investissements, de la rémunération de vos actionnaires, de vos salariés, bref de la performance à moyen long terme de votre entreprise. La fraude se fait au pire au détriment de la survie de votre entreprise.

Donc le coût de la prévention sera toujours minime par rapport à celui de la fraude. Donc oui, cela à un coût, on peut le calculer mais il faut bien voir les avantages si vous pouvez éviter de vous retrouver avec des cas de fraude dans votre entreprise, en terme de réputation également.

Simon Janvier: Dernière question, Benoit Briand, est-ce qu’on peut externaliser cette fonction d’audit interne ou de controle interne?

 

Benoit Briand : Oui, il est tout à fait possible d’externaliser votre fonction d’audit et de contrôle interne. Des cabinets proposent ces solutions. Ceux que l’on appelle les Big Four notamment.

L’avantage sera de disposer d’une expertise et d’une force de frappe déployable rapidement et si vous êtes directeur financier, vous n’aurez pas à justifier de headcount additionnels.

En revanche, j’y vois deux inconvénients à long terme : le prix bien sûr (l’expertise externe c’est efficace et ça se paie aussi) mais surtout l’externalisation des compétences. Selon moi, il est important que chaque entreprise s’approprie cette culture du contrôle interne et cela passe par de la communication en interne bien sûr, mais surtout par de la formation. Un collaborateur averti et formé en vaut deux.

Ce que je conseille donc, c’est vraiment de faire appel à un consultant ou un cabinet de conseil afin d’effectuer un diagnostic du niveau actuel de votre dispositif de contrôle interne, d’en profiter pour former vos collaborateurs et faire ainsi un transfert de compétences qui sera d’une valeur ajoutée exceptionnelle pour votre entreprise bien sûr, mais également pour la montée en compétence de tous vos collaborateurs. Cela fait aussi partie de la motivation des équipes et au final, cela protège votre entreprise, votre business, vos client, vos fournisseurs.

Simon Janvier: Très bien, merci beaucoup Benoit Briand de nous avoir parlé de cette thématique du controle interne et de l’audit interne. Je rappelle que vous êtes un spécialiste de ce domaine. Vous donnez d’ailleurs des clés sur ces questions sur votre site www.audit-controle-interne.com et vous intervenez auprès des enterprises toujours sur cette thématique du controle interne en matière de formation et de conseil.

 

 

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Source: La Radio des Entreprises ; Guide “8 Fraudes qui vous feront mettre la clé sous la porte”

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20 novembre 2017

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