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Auditeurs vs. Opérationnels: qui maîtrise le mieux les risques?

Interview de Pierre Marchal, Manager Audit Interne chez Keolis, qui apporte un nouvel éclairage sur le débat «Faut-il pour votre entreprise des auditeurs de métier ou faut-il des auditeurs avec une expérience opérationnelle ?».

Pour cette interview, j’ai eu le plaisir de rencontrer Pierre Marchal, qui est Manager Audit Interne au sein du groupe franco-québécois KEOLIS.

Pierre Marchal – Manager Audit Interne – Keolis

KEOLIS est l’un des leaders mondiaux en matière de transport public de voyageurs, présent dans 16 pays, avec 56.000 collaborateurs et avec un chiffre d’affaires annuel de 5 Md€.

Pierre Marchal a un parcours très riche, qui apporte un nouvel éclairage sur le débat « Faut-il pour votre entreprise des auditeurs de métier ou faut-il des auditeurs avec une expérience opérationnelle ? »

Il a débuté sa carrière en contrôle financier puis en marketing au sein du Groupe Saint-Gobain, avant de rejoindre leur département d’audit interne en tant qu’auditeur puis manager. Après 4 ans à l’audit interne, Pierre est retourné vers l’opérationnel, avec un poste financier dans ce même groupe, avant de rejoindre KEOLIS sur un poste de manager audit interne.

Alors faut-il privilégier dans vos recrutements des auditeurs de métier ou des opérationnels que vous formerez à l’audit ? Pierre nous donne son point de vue sur le sujet. Un point de vue équilibré, qui montre que chaque expérience nourrit l’autre, au service de la performance de l’entreprise. Car c’est en créant des passerelles entre audit interne et opérationnel que vos auditeurs s’approprient la culture de l’entreprise et qu’en retour les opérationnels s’imprègnent de la culture de la maîtrise des risques.

(Retrouvez la transcription écrite de l’interview sous la vidéo)

 

Benoît Briand : Quels peuvent être les points forts et les points faibles, les apports de chaque expérience ?

Pierre Marchal : Pour résumer très rapidement, aujourd’hui j’ai 16 ans d’expérience professionnelle, dont 7 ans en audit interne. Donc bien au milieu ! Ce n’est pas un parcours qui était à la base réfléchi, c’est un parcours qui s’est construit au fur et à mesure, qui a été fait d’opportunités. Et j’y vois non seulement maintenant un fil directeur, mais aussi tout un tas d’avantages à la fois dans la position de l’opérationnel et dans celle de l’auditeur. Si je résume, quand je suis arrivé pour la 1ère fois dans des fonctions d’audit interne, j’avais 7 ans d’expérience professionnelle, moitié finance et moitié marketing. L’avantage essentiel d’être passé par les fonctions opérationnelles… c’est que cela m’a permis d’entrer en audit interne, selon les règles du groupe qui était le mien à l’époque. Le 2ème avantage, c’est qu’être à l’audit interne a complètement ouvert mes horizons, tout en gardant un bon background du côté des acquis opérationnels. C’était quand même important de savoir ce que c’est que “la vie de tous les jours” d’un service marketing, d’un service finance, quand on est amené à interagir tous les jours avec ces mêmes services dans une relation auditeur-audité. Je trouve que l’avantage immense d’être passé par l’opérationnel, c’est d’avoir la vision de ce qu’est la vie opérationnelle quand on est auditeur pour comprendre et s’adapter. Ca paraît un poncif, mais c’est extrêmement utile dans la vraie vie de tous les jours de l’auditeur interne, j’en suis persuadé.

Inversement, le fait d’être retourné dans l’opérationnel, c’est quelque chose qui m’a permis de voir les choses autrement. Et une fois reparti dans l’audit interne, d’avoir bien pris conscience des difficultés de mise en place des recommandations des auditeurs internes. Je ne formule plus les recommandations de la même manière aujourd’hui ! Je suis beaucoup plus opérationnel – pardonnez-moi le poncif ! – mais je pense à la vie de ceux qui vont devoir mettre en place les recommandations. Pour moi, il faut 2 choses :

– la 1ère c’est qu’il faut que les opérationnels soient convaincus de la pertinence de l’observation et de l’applicabilité de la recommandation telle qu’elle est écrite. Et pour cela, il y a un dosage qui dépend des personnes que l’on a en face en tant qu’auditeur : détaillé dans l’explication, dans la démarche, ou bien à l’inverse beaucoup plus général quand on a des gens qui savent faire. La subtilité c’est de comprendre à qui on a à faire. Et ça je l’ai appris par les aller-retour entre l’audit et l’opérationnel. Je suis convaincu de l’apport essentiel d’alternance entre des fonctions d’audit et des fonctions opérationnelles, l’un nourrissant l’autre, et je suis ravi d’avoir trouvé cet équilibre au cours des 15 premières années de ma carrière !

Benoît Briand : Et dans le cadre de ton retour sur un poste opérationnel, après ta 1ère expérience en audit interne, est-ce que tu pourrais nous donner un exemple concret de ce que tu as pu modifier dans ton approche ou comprendre différemment ?

Pierre Marchal : A l’évidence, je n’aurais pas fait la même chose. Je n’aurais pas eu les mêmes priorités dans le poste financier que j’ai pris à ma sortie de l’audit interne, si je n’étais pas passé avant par l’audit interne. Pour donner une illustration précise, je suis arrivé en tant que responsable financier à la tête d’une structure qui était au degré zéro du contrôle interne. Parce que personne ne s’en était occupé jusqu’à présent. Et pour prendre un exemple extrêmement concret, je vois passer des avoirs à 6 chiffres saisis dans des fichiers Excel avec un degré de contrôle modeste à proche de zéro. Premier réflexe d’auditeur : bondir ! 2ème réflexe : fuir ! Non, je plaisante. J’ai mis en place une application comptable, solide, un vrai ERP. Et j’ai mis en place un système de contrôle et de validation des avoirs, qui permettait dans le système d’embarquer la validation par un tiers des avoirs qui étaient émis par la fonction finance. Et ces avoirs évidemment ne pouvaient être créés qu’à partir du moment où un donneur d’ordre indiquait qu’il fallait le faire. Il y avait une séparation des tâches parfaite. C’est l’exemple le plus classique pour un auditeur, mais il couvrait des montants qui étaient extrêmement significatifs pour la structure et pour le groupe. Donc c’était quelque chose qui était dans la matrice de risques positionné en haut à droite [Note ACI : risque critique à impact fort et à probabilité élevée]. Voilà un exemple purement opérationnel, j’en ai des tas d’autres dans mon panier. Parce que l’audit interne m’a fait voir les choses différemment, m’a fait toucher du doigt des problématiques dont je n’avais pas connaissance sur des processus avec lesquels je n’étais pas familier.

Benoît Briand : Et pour conclure, en termes de gestion de carrière, si c’était à refaire, est-ce que tu referais la même chose ?

Pierre Marchal : La réponse est OUI ! Je ferais exactement la même chose. Je suis convaincu qu’un 1er passage par l’opérationnel c’est important. Quand on démarre, il faut savoir ce que c’est qu’une entreprise, ce que c’est qu’un service qui facture. Il faut savoir ce que c’est qu’un service qui collecte les paiements. Il faut savoir comment fonctionne la comptabilité. Il faut savoir comment fonctionne un grand groupe dans ses relations entre filiales, entre filiales et siège. Ensuite, on n’a pas tout couvert, mais on est mûr pour passer à l’audit interne, qui va élargir le spectre, qui va donner un vernis essentiel sur chaque process important et, si tant est qu’on se trouve dans un service d’audit interne auquel on pose aussi des questions business, on a la possibilité de s’enrichir sur des problématiques de gestion auxquelles on n’aurait pas eu accès – ou en tout cas pas aussi rapidement – dans une carrière. Le retour ensuite à l’opérationnel, puisque l’audit interne c’est toujours un passage, il est nourri des expériences d’audit interne. Je suis intimement convaincu des apports d’un passage en audit interne. Ce n’est pas un passage obligé, mais il enrichit considérablement la compréhension des processus importants de l’entreprise. Il permet de poser beaucoup plus de questions que celles qu’on aurait pu se poser en suivant sa filière dans un parcours strictement opérationnel ; cela représente une opportunité de s’enrichir intellectuellement qui est fabuleuse. Et j’ajoute à cela qu’en audit interne, à chaque mission on change d’interlocuteurs en général. Et cela représente une possibilité de se constituer un réseau, mais aussi et surtout de comprendre comment fonctionnent les autres, de comprendre comment fonctionne un directeur financier, un directeur achat : qu’est-ce qui le fait réagir ? qu’est-ce qui ne le fait pas réagir ? à quoi ressemble sa vie de tous les jours ? Je suis persuadé que si l’on applique le principe de base de l’audit interne, qui est de se transformer en éponge et d’absorber tous les événements, tous les stimulus autour de soi, on constitue une base de données d’une richesse incroyable, si l’on sait l’utiliser à bon escient. C’est quelque chose qu’il est important d’avoir à l’esprit quand on s’apprête à passer en audit interne. Sinon, on reconstitue le puzzle a posteriori de l’expérience, ce qui est possible aussi, mais on est beaucoup plus efficace, beaucoup plus rapide quand on le sait dès le départ.

Benoît Briand : Pierre, merci beaucoup de m’avoir accordé cet entretien. J’espère que cette interview vous aura apporté des réponses concrètes. Inscrivez-vous sur Audit Contrôle Interne pour d’autres interviews avec des professionnels aussi bien de l’audit que du contrôle interne, que du légal, du marketing et bien d’autres. A bientôt !

 

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